Égypte

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Introduction

Le secteur des télécoms est un des moteurs de l’économie égyptienne et le gouvernement y voit un facteur important d’amélioration de la compétitivité du pays aux niveaux régional et mondial. L’infrastructure du secteur des télécoms a donc été largement modernisée depuis 10 ans. Pour améliorer son efficacité, le gouvernement a déréglementé le secteur par des mesures décisives : c’est l’un des secteurs les plus libéralisés en Égypte.

Les communications mobiles notamment sont un des sous-secteurs des télécoms qui bénéficient de la plus grande libéralisation. Les services GSM ont d’abord été offerts à la fin 1996 par la compagnie publique Arento (Télécommunications de la République arabe d’Égypte), qui a été privatisée, et rachetée par Mobinil[1] en mai 1998. En novembre 1998, Click GSM, un autre opérateur privé, est entré dans le secteur mettant fin au monopole de courte durée de Mobinil. Click GSM est ensuite devenue Vodafone Égypte.[2]De 1998 à début 2007, lorsque le troisième opérateur Etisalat[3] est arrivé sur le marché, Mobinil et Vodafone exerçaient un duopole sur le marché du mobile en Égypte. L’attribution d’une licence à un troisième opérateur en 2006 a favorisé la concurrence et l’extension du service. Le processus d’appel d’offres, un événement très médiatisé, a symbolisé la ferme intention du gouvernement à poursuivre ses projets de libéralisation et de privatisation du secteur des télécoms.

Le rythme d’accès au mobile s’est accéléré rapidement en Égypte, pays qui compte près de 80 millions d’habitants (fin 2008) et qui avait été mal desservi pendant des décennies en lignes fixes. Le mobile représente aujourd’hui la principale composante des services de télécoms en Égypte. Environ un quart de la population égyptienne a accès au mobile et environ 40 % des adultes ont un téléphone cellulaire. Selon le ministère égyptien des Technologies de la communication et de l’information (MCIT), les utilisateurs sont passés de 200 000 début 1999 à 3,4 millions en 2001 puis de 5,8 millions fin 2003 à 7,7 millions fin 2004, à 12 millions en 2005 et à 17 millions en 2007.[4] Selon d’autres chiffres cités par le gouvernement égyptien et le secteur des télécoms, les utilisateurs auraient été de plus de 25 millions en 2007.

La concurrence entre les fournisseurs de mobile a permis d’augmenter le nombre des services et d’en encourager l’utilisation, ce qui a encore stimulé l’accès. Par exemple, Etisalat a été le premier opérateur à introduire les services de troisième génération, suivi de près par Vodafone. Etisalat prétend avoir attiré plus d’un million d’abonnés à son réseau 3G en moins de deux mois (Yuan, 2008).

L’Égypte a deux principales clientèles du mobile : la majorité utilise les cartes prépayées et les SMS, mais les petites entreprises et les investisseurs étrangers occupent un créneau limité mais important. Pour ces derniers, les opérateurs de mobile offrent les services 3G les plus puissants qui existent – Etisalat offre actuellement jusqu’à 3,75 G.

Cette rapide augmentation de la diffusion du mobile s’explique en partie par la faible capacité de Telecom Egypt,[5] l’opérateur historique de téléphonie fixe, qui a mis du temps à étendre ses services fixes. Les lignes fixes n’ont augmenté que de 7,5 millions en 2000 à 10 millions en 2007. Telecom Egypt continue d’être le seul fournisseur de lignes fixes, mais un second fournisseur est maintenant en lice dans le cadre du processus de privatisation de Telecom Egypt. Le nouveau fournisseur n’est pas considéré comme un concurrent potentiel des opérateurs mobiles car la demande de mobile est maintenant bien implantée en Égypte.

Accès physique à la technologie

Les réseaux de mobile en Égypte sont les suivants:

  • ECMS-Mobinil (GSM 900/1800, 2,5 G)
  • Vodafone Egypt Telecommunications S.A.E. (GSM 900/1800, 3G 2100)
  • Etisalat Misr (GSM 900/1800, 3G 2100).

Actuellement, l’Égypte arrive juste derrière l’Afrique du Sud pour le nombre de téléphones mobiles en Afrique. Mobinil continue de dominer le marché, suivi par Vodafone Egypt et Etisalat Misr. L’arrivée d’Etisalat a fortement modifié l’offre des services 3G haut de gamme, qui comprennent l’accès à l’internet mobile haut débit, la télévision mobile et le vidéophone. Etisalat a obtenu sa licence 3G en octobre 2007 après avoir conclu une entente avec le régulateur national ; Vodafone a suivi début 2008. Leurs services rejoignent la région métropolitaine du Caire, Alexandrie, Assouan, Charm El-Cheikh, Hurghada et Louxor. Le nombre des utilisateurs de services 3G se situe entre 200 000 (GSMA, 2008) à environ un million selon Etisalat (Yuan, 2008).

Malgré une importante campagne de publicité pour les nouveaux services 3G, leur popularité reste limitée. Selon la MCIT, environ 80 % des clients du mobile privilégient les cartes prépayées et le SMS. Par exemple, en novembre 2007, Etisalat a augmenté sa capacité de 3,5 G à 3,75 G, ce qui permet une liaison montante haut débit offrant des débits de téléchargement qui vont jusqu’à 7,2 mégabits par seconde (Mbps), soit deux fois plus que les débits de 3,5 G antérieurs. Début 2008, ces débits étaient disponibles seulement dans quelques quartiers du Caire et des environs (mais la couverture devrait être étendue).

Le taux de croissance de la connexion mobile devrait certainement ralentir une fois que le secteur sera arrivé au point de saturation, mais on s’attend à une augmentation des services, notamment des services haut de gamme.

Itinérance nationale et internationale

L’itinérance nationale est un domaine où les compagnies concurrentes collaborent, ce qui permet à une compagnie d’utiliser les réseaux de ses concurrents jusqu’à ce qu’elle construise son propre réseau. En ce qui concerne la couverture du réseau, Mobinil et Vodafone se partagent à égalité les parts de marché en Égypte. Pour le moment, Etisalat utilise les réseaux de Mobinil dans le nord et les réseaux de Vodafone dans les gouvernorats du sud.

Pour l’itinérance internationale, les opérateurs locaux utilisent des réseaux GSM 900 et ont conclu des accords d’itinérance avec les grands opérateurs internationaux. Mais jusqu’à présent, la couverture est limitée au Caire, à Alexandrie et à la Mer rouge, de Suez à Charm el-Cheikh et aux grandes villes le long du Nil.

Transférabilité des numéros de mobile (TNM)

L’Égypte a adopté la transférabilité des numéros de mobile (TNM) en avril 2008. La TNM permet aux utilisateurs de mobile de conserver leur numéro lorsqu’ils changent d’opérateur de réseau. La TNM est offerte par les fournisseurs de logiciels réseau et de service Telcordia et Giza Systems. La TNM va certainement favoriser la concurrence sur le marché haut de gamme qui a tendance à conserver ses clients moins longtemps.

Coût et utilisation

On s’attendait à ce que l’arrivée d’un troisième opérateur mobile, Etisalat, en 2007 déclenche des guerres des prix agressives entre les fournisseurs, mais cela n’a pas été le cas. Etisalat demande 0,39 livre égyptienne par minute pour le prépayé et 0,34 par minute pour le post-payé. Mobinil offre des services prépayés entre 0,35 et 0,45 livre égyptienne alors que Vodafone offre les mêmes services pour 0,39 livre.

La concurrence ne se situe pas tant au niveau des tarifs que sur le plan de la couverture, de l’amélioration de la qualité du service, de la clarté de la voix et des services à la clientèle. Les consommateurs profitent de la concurrence en recevant de nouveaux avantages. Par exemple, Mobinil et Vodafone ont commencé à offrir des abonnements à vie pour leurs services prépayés, alors qu’auparavant les services étaient interrompus si l’abonnement n’était pas renouvelé rapidement. Etisalat, le nouveau venu, offre un nombre de minutes gratuites à vie pour surpasser ses concurrents – selon ce plan, les abonnés au prépayé obtiendraient cinq minutes gratuites par mois pour la vie (El Madany et El Sirgany, 2007).

Compte tenu du niveau des revenus en Égypte, il reste à savoir si les services 3G pourront attirer une clientèle importante dans un proche avenir. Déjà la concurrence pour les abonnés prépayés (la majorité) commence à donner des signes de ralentissement, 12 % du revenu moyen par utilisateur en 2007.[6] Il est peu probable que des mesures incitatives attirent plus d’utilisateurs sur le marché du prépayé.

Confiance dans la technologie

D’un point de vue purement technique, les Égyptiens ont une grande confiance dans la technologie. Des consommateurs qui peuvent choisir entre plusieurs fournisseurs savent que la concurrence leur apportera une meilleure qualité de service et une plus grande couverture, sinon des prix réellement plus compétitifs. Les opérateurs cherchent à élargir leur couverture et à offrir de meilleurs services et de meilleurs tarifs (même s’ils ne sont pas aussi compétitifs que prévu) ; ils font également de la publicité pour les services liés, comme les transactions bancaires sur mobile. En général, pour les Égyptiens à revenu moyen, et même pour ceux de la tranche supérieure des bas revenus, la possession d’un téléphone cellulaire est considérée comme une nécessité et ce, grâce aux améliorations technologiques.

La protection de la vie privée est un problème. Le manque de protection des utilisateurs des technologies de l’information et de la communication, y compris ceux du mobile, est un sujet qui fait débat en Égypte comme dans bien d’autres pays. Jusqu’à récemment, les utilisateurs de cellulaires étaient autorisés à avoir des comptes anonymes, mais en mai 2008, les choses ont changé lorsque le régulateur national (NTRA),[7] invoquant des raisons de sécurité publique, a exigé que les compagnies de mobile bloquent le service des abonnés anonymes.

Cette mesure semble avoir coïncidé avec les grèves publiques et les émeutes qui ont eu lieu récemment en raison du coût élevé de la vie, en particulier l’augmentation des prix dans l’alimentation et les bas revenus. Bon nombre de ces grèves ont été organisées grâce au téléphone cellulaire et à l’internet, qui étaient surveillés par le gouvernement. Certains activistes ont essayé de contourner la situation en ayant des connexions anonymes – une option qui vient de leur être fermée.

Obéissant aux mesures du gouvernement, Vodafone a commencé à désactiver la capacité SMS des abonnés anonymes et leur a demandé de communiquer tous leurs détails. Mobinil a lié la mesure au plan du gouvernement concernant la TNM. En général, les opérateurs informent leurs abonnés que leur connexion anonyme sera déconnectée ou suspendue très prochainement (Johnston, 2008).

Mesures à prendre

L’Égypte poursuit son plan de déréglementation et de libéralisation du secteur des télécoms dans les délais et de façon linéaire. Les services et la couverture du mobile, l’un des sous-secteurs les plus dynamiques du domaine des télécoms, ont connu une expansion rapide et ont fait l’objet d’une relative compétitivité des prix depuis 1998. La clientèle du mobile a également augmenté rapidement au cours des années.

Mais les questions de protection de la vie privée restent problématiques. Alors que le gouvernement encourage fortement le consommateur égyptien à adopter les dernières technologies pour assurer la croissance du secteur, dans le même temps, il n’assure pas la protection de la vie privée dans l’utilisation des services, que ce soit le téléphone, les SMS ou les contenus.

Compte tenu du contexte national, régional et international actuel, il est peu probable que le gouvernement assouplisse sa position là-dessus. En fait, on s’attend plutôt à un renforcement de la surveillance. Les quelques réactions du public contre le manque de protection de la vie privée en Égypte ne sont ni assez vigoureuses ni assez nombreuses pour obliger le gouvernement à revenir sur sa décision

Références

Dun & Bradstreet’s All Business: www.allbusiness.com

El Madany, S. and El Sirgany, S. (2007) Etisalat Launches Services May 1Daily Star Egypt, 2 May.
Voir à : www.dailystaregypt.com/ ArticleID=6957

Etisalat Egypt: www.etisalat.com.eg

GSMA (GSM Association) (2008) GSMA Honours Egypt with Government Leadership Award. GSM World, 11 May.Voir à : www.gsmworld.com/news/press_2008/press08_33.shtml

Johnston, C. (2008) Egypt asks mobile firms to bar anonymous users. Reuters, 5 May.
Voir à : www.reuters.com/article/latestCrisis/idUSL0562685

Ministère des Technologies de la communication et de l’information: www.mcit.gov.eg

Mobinil Egypt: www.mobinil.com

National Telecom Regulatory Authority (NTRA): www.tra.gov.eg/english

Telecom Egypt (TE): www.telecomegypt.com

Vodafone Egypt: www.vodafone.com.eg

Yuan, Z. (2008) A Rising Sun Shines on the Nile River. Huawei Service (1).
Voir à: www.huawei.com/publications/view.do?id=3035&cid=5424&pid=2043


Notes de bas de page

 

[6] Dun & Bradstreet’s All Business: www.allbusiness.com