Accès aux ressources éducatives

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Shuttleworth Foundation
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Introduction

Il existe de nombreux facteurs qui affectent l’accès aux ressources éducatives en ligne, comme le coût des ressources, le coût de l’accès, les licences de droit d’auteur, la langue et la pertinence locale des contenus. Il s’agit de vastes questions auxquelles on trouve lentement des solutions pour améliorer l’accès aux élèves et aux étudiants dans le monde. Dans les pays développés, le bas coût de la large bande crée un contexte d’apprentissage riche en informations pour les étudiants puisqu’ils trouvent facilement et rapidement de l’information sur la plupart des sujets. Dans ce contexte, des compétences comme la culture de l’information, la lecture critique et la résolution de problèmes prennent de l’importance.

Pour trop d’étudiants dans le monde en développement, l’accès demeure limité. Au XXIe siècle, où le réseautage est essentiel à l’apprentissage, au travail et au jeu dans la société de l’information, le manque d’accès direct nuit au droit universel à l’éducation. Une des nouvelles tendances susceptible de changer cette situation est le rôle croissant du téléphone mobile. Bien entendu, la plateforme d’accès physique, le téléphone lui-même, n’est qu’une pièce d’un puzzle complexe, mais de nature tellement perturbatrice de l’ordre établi que l’accès à l’information pourrait grâce à lui devenir pratiquement universel.

La révolution mobile

La croissance phénoménale du téléphone mobile tant sur le plan de la rapidité d’adoption que du nombre des utilisateurs a surpris même les plus techno-optimistes. Même s’il est difficile d’obtenir des chiffres qui fassent consensus, à la fin de 2008, le nombre des abonnés au cellulaire mobile atteindrait les quatre milliards[1]. Jusqu’à 1,3 milliard de ces abonnés viendraient des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), qui sont les moteurs de cette croissance de l’adoption. Cette même année, l’Afrique représentait le marché du mobile ayant la plus forte croissance dans le monde[2].

L’Union internationale des télécommunications (UIT) indique que ces chiffres doivent être interprétés avec prudence (ce qui dépasse le cadre de ce document), mais l’affaire est entendue : la révolution mobile est en marche et ne s’arrêtera pas. Comprise dans le contexte de l’accès internet par environ un milliard de personnes, cette révolution revêt une autre dimension.

Qu’est-ce que l’apprentissage mobile ?

Quelles sont les conséquences pour l’éducation et l’accès aux ressources éducatives en ligne que d’avoir pour chaque ordinateur personnel quatre téléphones mobiles ?[3] L’apprentissage mobile tente de répondre à cette question (même s’il continue de se chercher une définition dans un domaine en constante évolution). Les premières définitions concernaient exclusivement le dispositif lui-même, présentant l’apprentissage mobile comme n’importe quel apprentissage par assistant numérique ou téléphone mobile, ce qui posait problème car on privilégiait finalement le manuel lui-même et non son contenu. Au fil du temps, des définitions plus évoluées sont apparues qui englobent des aspects comme la mobilité et le potentiel « des appareils mobiles et sans fil personnels à améliorer, transformer et élargir l’apprentissage, l’enseignement, l’évaluation et la gestion »[4]. S’y ajoutent les possibilités d’expression créative, de réseautage social et de développement de l’identité, pour n’en citer que quelques-uns.

L’apprentissage mobile offre des caractéristiques de « prise en charge, d’informalité, de mobilité et de contextualité qui seront toujours inaccessibles à l’apprentissage en ligne traditionnel »[5]. Il est bien évident que l’apprentissage mobile n’est pas un simple apprentissage en ligne amélioré, mais un concept tout à fait différent. Les téléphones mobiles sont des objets personnels, qui font partie de notre vie émotionnelle et que nous avons presque toujours avec nous. Avec les téléphones mobiles, l’accès se conçoit comme un apprentissage flexible et personnalisé. C’est pourquoi Traxler pose que « il est tout à fait possible que l’apprentissage mobile dans les pays en développement mène l’apprentissage en ligne sur une trajectoire très différente de celle prise dans les pays développés, où il suppose des ressources massives, statiques et stables »[6] – une perspective très intéressante.

Le potentiel de l’apprentissage mobile

L’apprentissage mobile offre de nombreuses possibilités d’augmentation et d’enrichissement de l’accès aux ressources éducatives en ligne – trop nombreuses à traiter ici. Quatre ressortent de l’ensemble et valent la peine d’être mentionnées : la mobilité ou la capacité d’accéder à de l’information de partout, à tout moment et de la partager (valable dans des zones couvertes naturellement), l’omniprésence de l’appareil (par rapport notamment au nombre de PC dans les télécentres ou les écoles), la capacité d’accéder non seulement aux ressources mais aux personnes en exploitant pleinement la fonction communication des téléphones au service de l’éducation et enfin le potentiel du téléphone comme appareil créateur de contenu.

Outre l’envoi de messages, de nombreux téléphones peuvent maintenant prendre des photos et faire des vidéos. Ils permettent également d’écouter des fichiers audio et la radio. Même les appareils les moins chers ont maintenant une capacité de service général de paquets radio (GPRS), qui permet l’accès internet et les recherches sur le web. La messagerie instantanée, utilisant des services comme MXit ou mig33, est largement adoptée par les jeunes sur des téléphones de ce genre. En Afrique du Sud seulement, MXit revendique 14 millions de clients[7].

Un des projets qui tire profit des possibilités d’apprentissage offertes par les téléphones mobiles est Dr Math, établi sur la plateforme MXit en Afrique du Sud. Ce service offre des cours de mathématiques – avec de vrais professeurs – par SMS et répond à des questions de mathématiques scolaires de 14 h à  22 h du dimanche au jeudi. Dans le cadre de groupes de discussion, on apprend le soir dans sa chambre. Il s’agit d’un service d’apprentissage très abordable et efficace (un enseignant peut aider jusqu’à 50 apprenants en une heure), qui offre un soutien instantané.

Problèmes associés à l’apprentissage mobile

Malgré l’énorme potentialité de l’apprentissage mobile en matière d’éducation, il reste à régler un certain nombre de problèmes importants.

Expérience insuffisante des utilisateurs et contenu non optimisé

Pour ceux qui n’ont accès à l’internet que par leur téléphone mobile, l’expérience est très stimulante. Mais la taille de l’écran et le clavier non-AZERTY de la plupart des téléphones limite cette interaction. Certains types de contenu – micromodulaires et instantanés – favorisent cette interface, mais la majorité des ressources éducatives en ligne actuelles doivent être reformatées ou restructurées pour s’adapter au mobile.

Langue et localisation du contenu

Les éternelles questions concernant l’abondance des ressources d’apprentissage en anglais et leur insuffisance dans d’autres langues, ainsi que le manque de contenu local – ou de contenu adapté localement – continuent d’occuper le devant de la scène. Le téléphone mobile ne peut pas à lui seul régler ce déséquilibre. Mais s’il devient un appareil créateur de contenu, il permet alors aux utilisateurs de produire et de partager un contenu local. De plus, les téléphones étant particulièrement bien adaptés à l’accès à une information localement pertinente et opportune, les fournisseurs de contenus et les populations locales sont d’autant plus motivés pour produire des contenus.

Coûts

Les tarifs du mobile sont encore trop élevés dans les pays en développement, surtout parce que la plupart des gens utilisent un  service pré-payé plus coûteux que les tarifs contractuels. Selon certaines recherches, « les mobiles font plus de mal que de bien sur le plan économique et appauvrissent encore plus les pauvres »[8]car ces derniers consacrent une trop grande part de leur revenu à la communication mobile. Il reste encore beaucoup à faire pour que les opérateurs de réseaux africains baissent leurs tarifs et que le prix des appareils baisse. En attendant, les opérateurs de réseaux pourraient offrir gratuitement l’accès aux sites éducatifs et réduire le coût des SMS à des fins éducatives.

Conclusion

L’analyse de l’accès aux ressources éducatives au moyen des téléphones mobiles est d’une très grande portée et nous n’avons abordé ici que quelques aspects. Même si le domaine de l’apprentissage mobile est encore tout nouveau, il existe suffisamment d’exemples innovants montrant que les téléphones mobiles peuvent non seulement améliorer l’accès aux ressources éducatives, mais également permettre de créer et partager ces ressources dans le monde en développement. Il va donc falloir réfléchir à la façon d’exploiter l’omniprésence des téléphones mobiles et à la façon dont leurs fonctions – leurs contenu et services originaux – ouvrent la voie à de nouveaux modes d’enseignement et d’apprentissage.

Références

Ahonen, T., Mobile as 7th of the Mass Media: Cellphone, cameraphone, iPhone, smartphone, Futuretext, Londres, 2008.
Traxler, J., Current State of Mobile Learning, dans Ally, M. (éd.) Mobile Learning:Transforming the delivery of education and training, Athabasca University Press, Edmonton, p. 9-24, 2009.

Traxler, J. et Sugden, D., Why Go Mobile? An Overview of Mobile and Wireless Learning, 2007
www.jisc.ac.uk

[1] Union internationale des télécommunications (UIT), Worldwide mobile cellular subscribers to reach 4 billion mark late 2008, 2008.
www.itu.int/newsroom/press_releases/2008/29.html

[2] Reed, M., Africa, World's Fastest Growing Mobile Market, 2008.
allafrica.com/stories/200804280943.html

[3] Ahonen, T., Mobile as 7th of the Mass Media: Cellphone, cameraphone, iPhone, smartphone, Futuretext, Londres, 2008.

[4] Roberts, C. (n.d.), cité dans Traxler, J. et Sugden, D., Why Go Mobile? An Overview of Mobile and WirelessLearning, 2007.
www.jisc.ac.uk

[5] Traxler, J., Current State of Mobile Learning, dans Ally, M. (éd.) Mobile Learning: Transforming the delivery of education and training, Athabasca University Press, Edmonton, p. 9-24, 2009.

[6] Ibid.

[7] IT News Africa, MXit users exceed 14 million, 2009. www.itnewsafrica.com/?p=2881

[8] Heeks, R., Mobiles for Impoverishment?, 2009.
povertyblog.wordpress.com/2009/01/15/mobiles-for-impoverishment

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