Pakistan

Report Year:   
2008 - Access to Infrastructure
Authors: 
Shahzad Ahmad
Authors: 
Shahida Saleem
Authors: 
Rabia Garib
Authors: 
Fouad Bajwa
Organization: 
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Introduction

Un pays en développement de plus de 164 millions d’habitants[1], le Pakistan est confronté à des problèmes de développement très particuliers. Classé à la fois comme un pays d’investissement de premier ordre mais aussi comme l’endroit le plus dangereux de la planète, le pays alterne entre des rapports économiques optimistes, la violence, l’instabilité politique et l’incertitude. Les affirmations sur la performance macroéconomique exceptionnelle des dernières années sont nombreuses, mais l’incidence de la pauvreté a en réalité considérablement augmenté. Selon une estimation, près de 57 millions de personnes vivent en dessous du seuil de la pauvreté et cette estimation comprend 11 millions de personnes passées sous ce niveau depuis trois ans. La situation devrait empirer dans les années à venir, en particulier dans la foulée de l’augmentation du prix de l’alimentation et du pétrole.

Malgré toutes ces difficultés, 2007 a été une année de fort investissement étranger avec plus de 9 milliards de dollars investis dans le seul secteur des télécoms (Pakistan Times, 2007). Par conséquent, l’influence et le potentiel des technologies de l’information et de la communication (TIC) n’a jamais été aussi évidente, en particulier son effet sur la politique économique et sociale du pays. Alors que le Pakistan se classe au 63e rang, avec une note de 3,7 sur 10 dans un classement récent sur l’état de préparation électronique (EIU, 2007), les secteurs de la technologie de l’information (TI) et des services faisant appel aux TI représentent une croissance impressionnante de 61,18 % des exportations, faisant du Pakistan un pays à surveiller de près. Les efforts pour combler la fracture numérique se poursuivent et selon les renseignements officiels, jusqu’au troisième trimestre 2007, des progrès considérables ont été réalisés dans le domaine de l’accès physique, à savoir la croissance du mobile – plus de 89 millions de personnes y ont maintenant accès (PTA, 2008) – et l’expansion de la large bande (150 000 connexions). Cette croissance de la large bande est attribuable à la demande du marché et à des plans dynamiques des divers acteurs commerciaux. Certains opérateurs déploient également une infrastructure Wimax à l’échelle du pays. La télédensité du Pakistan a augmenté de 4 % en 2003 à 51 % en 2007 (lignes fixes et mobiles). Le téléphone mobile est devenu une technologie importante dans les initiatives des TIC pour le développement.

Pourtant, malgré les affirmations du gouvernement sur l’accès des montagnes jusqu’à la côte, il existe un écart évident dans la fourniture de l’accès et un manque criant de connaissance des TIC. Quelle que soit l’infrastructure disponible, elle se fonde sur une dynamique de marché et sur les intérêts commerciaux, et sa qualité est très douteuse. Si bien que les régions éloignées sont encore loin de bénéficier de la dorsale en expansion ou de la magie de la technologie. Malgré une augmentation de la capacité, la majorité de la population ne tire aucun avantage des TIC.

Le Pakistan se trouve en première ligne dans la guerre contre le terrorisme et constitue un terrain de jeu pour les puissances internationales, si bien que le pays souffre énormément des effets de la guerre sur tous les aspects du développement. En raison de l’aggravation de la situation et au nom de la sécurité nationale, tout un pan de la population est privé d’un accès satisfaisant aux TIC et des possibilités de développement qu’elles offrent. La censure et la surveillance, au nom de la sécurité nationale, s’intensifient, même depuis l’arrivée du nouveau régime démocratique. Les TIC ne sont donc pas utilisées de façon optimale et la situation a des effets négatifs sur les entreprises et l’utilisation générale des TIC.

La convergence de diverses politiques de TIC ne se fera pas sans difficultés. En effet, l’existence de politiques draconiennes, non démocratiques et insuffisantes, et surtout l’absence d’un mécanisme de coordination entre les responsables des différents ensembles de politiques sont également problématiques. L’approche adoptée pour la formulation des politiques de développement, de même que leur mise en œuvre et leur surveillance, ne tient absolument pas compte du facteur humain. Il faut espérer que le nouveau régime démocratique prendra des mesures dans la bonne direction pour apporter un changement et des effets positifs en adoptant des méthodes inclusives pour la formulation des politiques et la gouvernance.

Contextualiser l’accès

Le Pakistan accuse un grave retard dans l’exploitation du potentiel des TIC, en raison surtout d’un régime réglementaire désuet et d’une approche sans objectif précis ni coordination pour relever les défis et profiter des possibilités offertes par les TIC. Alors que le nouveau gouvernement semble décidé à éliminer les obstacles au développement et à tenter d’améliorer l’accès, le fait est qu’il n’existe toujours pas de politique de TIC globale et coordonnée découlant d’une contribution et d’un engagement de l’ensemble des parties prenantes et des secteurs. Malheureusement, la politique actuelle n’a pas contribué à la mise en œuvre de projets et n’a donné aucun résultat concret dans aucun domaine. En plus d’omettre la participation des parties prenantes du secteur public et privé, elle ne s’articule pas non plus directement avec les autres plans de développement nationaux, si bien qu’il lui manque une vision intégrée et le consensus nécessaire permettant d’avoir une véritable incidence.

La population pakistanaise étant rurale à 67 %, seul le tiers restant de la population bénéficie de la formation et des connaissances en TIC. Un pourcentage encore plus limité bénéficie réellement de ces technologies en raison du manque de contenus dans les langues locales, de compétences et de connaissances dans la population en général. Dans les zones urbaines, une majorité de gens vit dans la pauvreté. Seules les classes moyennes et supérieures s’intéressent au secteur des TIC et au développement connexe. Le Pakistan doit donc se demander quelle capacité et quelle culture des TIC a réellement été développée. Comment le gouvernement peut-il concevoir une stratégie contribuant à améliorer l’adoption et l’usage des TIC par le reste de la population?

Après la chute de la dictature militaire, le Pakistan entre dans une nouvelle ère de développement économique et social. Cette ère devra être caractérisée par l’innovation et l’accès aux TIC. Dans un marché mondialisé où la Chine et l’Inde sont ses principaux concurrents, le Pakistan doit briller en surmontant un certain nombre de problèmes, notamment lutter contre la corruption et encourager les bonnes pratiques de gouvernance.

Accès physique à la technologie

L’accès universel et généralisé aux TIC n’est encore qu’un rêve lointain. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’initiatives. La politique sur les services universels, élaborée par le gouvernement et dont le principal objectif est de donner aux pauvres et aux populations défavorisées l’accès aux télécommunications dans tout le pays, est un élément essentiel des projets actuels de TICpD du Pakistan.

Cette politique préconise les objectifs suivants:

  • Abaisser les coûts de la téléphonie et permettre à une plus grande partie de la population d’accéder progressivement à l’internet
  • Créer des conditions et un environnement favorables à la croissance de la télédensité
  • Impulser les marchés de la large bande et des TIC pour faciliter les services électroniques.

Pour ce qui est de la pénétration des services de TIC, les cibles pour 2010 sont les suivantes:

  • 85 % de la population devrait avoir accès aux télécommunications et aux services en ligne, si elle le souhaite
  • 5 % de télédensité dans les régions rurales
  • 1 % de pénétration de la large bande
  • De préférence, un télécentre pour 5 000 personnes, ou tout au moins un télécentre pour 10 000 personnes dans les régions bénéficiant du Fonds de service universel.

D’autre part d’ici la fin de 2015, 95 % de la population devrait avoir accès aux télécommunications.

La non-viabilité des modèles d’entreprise et l’absence de contenu local et de véritable connectivité continuent toutefois de constituer des obstacles importants à la mise en œuvre des cibles de la politique d’accès universel. Les tentatives d’utiliser les TIC pour atteindre les objectifs généraux de développement restent théoriques. Les efforts déployés par le secteur privé et des entités gouvernementales clés comme la Commission de planification et le ministère des TI seront décisifs pour déterminer si les TIC joueront un rôle dans le développement humain et social du Pakistan.

Capacité humaine et formation

La sensibilisation, la capacité et la connaissance des TIC sont des préalables à la réussite des programmes de TIC. La formation en TIC a été intégrée au programme des écoles publiques mais le manque d’infrastructures dans les écoles empêche sa mise en œuvre. De nombreuses organisations du secteur privé et sans but lucratif, notamment Oracle (ThinkQuest), Ko-Ordination Group (avec plus de 3 000 centres de formation en TIC) et Pehla Qadam (qui offre une trousse de formation faisant appel aux TIC) ont pris les choses en main et cherchent à développer les TIC.

Le gouvernement, par le biais de la direction du gouvernement électronique du Ministère des TI, ainsi que d’autres ministères, a lancé plusieurs grands projets susceptibles d’avoir d’importantes retombées, en particulier dans les domaines de la transparence, de l’obligation de rendre compte et de la facilitation de l’accès aux TIC. Mais les obstacles à la mise en œuvre et l’absence d’intégration des organismes en cause ne permettent pas encore d’atteindre les niveaux d’incidence souhaitables.

Une composante essentielle de la vision nationale de développement est la création d’une main-d’œuvre qualifiée dans l’enseignement supérieur. Les progrès exceptionnels réalisés au cours des dernières décennies dans les domaines des TI, de la biotechnologie, des sciences matérielles, des sciences de la santé, des énergies renouvelables et autres disciplines modifient rapidement notre environnement et conduisent plusieurs pays sur la voie du développement social et économique.

La Commission des études supérieures (HEC) a lancé un programme systématique de réformes qui comprend notamment le perfectionnement du personnel enseignant, l’excellence dans l’apprentissage et la recherche, l’application aux priorités nationales et l’amélioration de l’accès.

Jusqu’à présent, la HEC a pu établir l’Université virtuelle[2]et l’Université ouverte Allama Iqbal[3]. L’Université virtuelle est la première université du Pakistan à s’appuyer complètement sur les TIC modernes. Elle a été établie par le gouvernement comme une institution publique sans but lucratif dont le but est de donner une éducation de grande qualité à un coût abordable aux étudiants de tout le pays. Grâce à des émissions de télévision diffusées par satellite et grâce à l’internet, l’Université virtuelle permet aux étudiants de suivre ses programmes rigoureux quel que soit l’endroit où ils vivent. Plus de 750 000 étudiants (dont le nombre augmente de 14 % par an) bénéficient actuellement des programmes d’apprentissage à distance. Ce chiffre est trois fois supérieur à celui de l’ensemble des étudiants de toutes les autres universités confondues.

Contenu, application et services pertinents au niveau local

Dans les sociétés numérisées, chaque culture et société doit faire face à deux grandes difficultés : l’insuffisance d’informations crédibles, vérifiables et exactes que l’on peut télécharger gratuitement et la pénurie d’information dans une langue compréhensible par la population locale. Compte tenu du potentiel d’excès d’information que présente le Web 2.0, en l’absence d’un groupe chargé de dépurer ces informations, des centaines de milliers d’agrégateurs de contenus recyclent sans le vouloir les informations de mauvaise qualité déjà présentes.

Le plus important est de créer un contenu local. Cet espace est comblé par des initiatives individuelles et il existe de plus en plus de ressources utilisées pour des applications particulières, notamment pour l’éducation, la santé, la formation, les sites web sociaux et autres sites informationnels. Des innovations, comme les sites de traduction automatique[4], créent de nouvelles possibilités d’entreprise, par exemple la version de Urdu Language Tools du Centre for Research in Urdu Language Processing[5]. Ces outils devraient contribuer à vulgariser les services en ligne. Le centre, qui a déjà réussi à créer un lexique en urdu, un système de reconnaissance vocale et des polices de caractère, coordonne actuellement le projet de localisation PAN pour sept langues asiatiques.

Mesures à prendre
  • Malgré l’engagement du gouvernement et les travaux déjà commencés sur la formulation de politiques intégrées, le chemin sera long et difficile. Il faudrait que toutes les parties prenantes agissent de concert pour faire véritablement avancer la politique des TIC. Il faut regrouper les initiatives isolées pour qu’elles aient une incidence générale. Un groupe de base, composé du FSU, du Ministère des TI, de la Commission de l’éducation supérieure, de la Pakistan Software Houses Association et de représentants de la société civile et du secteur privé, doit établir un plan à long terme et en surveiller la mise en œuvre. Sans un effort concerté et intégré, les petits projets et les leçons qui en sont tirées ne profiteront jamais à la majorité.
  • Le gouvernement doit créer la capacité d’adopter et de mobiliser la technologie et de l’employer dans différentes activités. C’est ainsi qu’une culture de la technologie devient le moteur du développement et de la croissance d’un futur secteur des TIC dont l’impact a des effets économiques et sociaux à mesure que la technologie devient un outil de la vie quotidienne et non plus un gadget fascinant. Le Pakistan n’a jamais eu de stratégie ni de politique de TIC qui vise la création d’une culture de TIC et renforce les capacités de façon permanente pour s’adapter à l’évolution sociale et économique. Toutes les parties prenantes doivent en faire une priorité.
  • Compte tenu de l’amélioration de l’accès au contenu en ligne et de la meilleure compréhension par les différentes parties prenantes de la convergence des médias, on pourrait encourager le journalisme citoyen afin de produire de plus grandes quantités de contenu local. Il est important d’avoir suffisamment d’initiatives pour produire de nouveaux contenus pour que les contenus dépassés ne réapparaissent pas continuellement. Le Web n’oublie jamais et tout ce qu’il contient reste. Parallèlement, les Pakistanais qui comprennent la technologie créent des plates-formes innovantes que d’autres groupes peuvent partager afin de susciter le débat et la discussion sur les changements. Des changements se produisent déjà et ce n’est qu’une question de temps avant que l’on crée et généralise un contenu local.
  • Il faut insister sur l’importance de la langue locale à tous les niveaux, même si elle peut constituer un obstacle pour une grande partie de la population. La préservation de la langue locale est essentielle pour conserver l’identité culturelle et l’histoire des communautés.
  • Le Pakistan doit construire une société fondée sur la créativité, l’innovation et les nouvelles disciplines. Cela ne peut se faire que par un renforcement des capacités et par l’usage et l’appropriation des TIC. Il faut savoir aussi qu’une économie du savoir innovante n’est possible qu’en cultivant, en favorisant et en gardant dans le pays les meilleurs parmi les catégories créatrices émergentes, c’est-à-dire les jeunes, les scientifiques, les ingénieurs, les concepteurs, les auteurs et les entrepreneurs qui sont la source de la croissance de l’économie du savoir du pays. À moins que le Pakistan ne se positionne à la fois localement et mondialement comme un pays innovateur et technologiquement avancé, il ne pourra pas attirer les talents et maintenir sa propre base de ressources humaines créatrice. Il faut créer la demande et pour ce faire, les pouvoirs publics doivent dédier et mobiliser leurs ressources pour apporter plus de transparence et d’obligation de rendre compte pendant cette période de changement critique.
Références

 

Allama Iqbal Open University: www.aiou.edu.pk

Centre for Research in Urdu Language Processing: www.crulp.org

EIU (Economist Intelligence Unit), The 2007 e-readiness rankings, 2007. Voir à: www.eiu.com/site_info.asp?info_name=eiu_2007_e_readiness_rankings

Government of Pakistan Population Census Organization: www.statpak.gov.pk/depts/pco/index.html

PTA (Pakistan Telecommunication Authority), Telecom Indicators: Mobile Cellular Services, 2008. Voir à: www.pta.gov.pk/index.php?option=com_content&task=view&id=650&Itemid=603

Pakistan Times, Pakistan telecom sector attracts $ 9 Bln investment, Pakistan Times, 19 février, 2007. Voir à: www.pakistantimes.net/2007/02/19/business1.htm

Virtual University: www.vu.edu.pk

 


Notes de bas de page

 

[1] Population Census Organization: www.statpak.gov.pk/depts/pco/index.html

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